Publié par : WCFN | 14/05/2014

Nos vautours massacrés



Un massacre d’aigles, de vautours et de chauves-souris




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Lettre ouverte aux Commissaires enquêteurs

Le 13 mai 2014


Enquête publique sur le projet de classement du site du Pech de Bugarach et de la grande serre du Pays cathare et du Fenouillèdes.


Madame, Monsieur le Commissaire,


Dans le rapport de présentation du projet de classement du site (ci-après : « site Bugarach » ou « le Site »), de la Préfecture du Languedoc-Roussillon, on peut lire : « la prise en compte des qualités exceptionnelles de ce territoire sont également confirmées par … (le) projet de Parc naturel régional (PNR) Corbières-Fenouillèdes, englobant celui-ci (le site Bugarach), et (le) projet de labellisation UNESCO des sites du Pays cathare »(1). Nous sommes donc en présence de trois projets sociétaires de conservation visant à protéger un territoire de qualités exceptionnelles, qui possède une valeur naturelle, culturelle, et touristique de dimension internationale.


La Préfecture le précise bien : « il s’agit d’un site d’intérêt exceptionnel au niveau national, voire international » (1). Les auteurs du rapport font d’une part allusion à la labellisation attendue du Pays cathare et de ses citadelles par l’UNESCO en tant que patrimoine de l’humanité. Mais le site Bugarach revêt aussi une importance exceptionnelle en Europe pour la conservation des espèces, en particulier l’Aigle de Bonelli, le Vautour percnoptère, l’Aigle royal, l’Aigle botté, le Circaète Jean-le-Blanc, le Faucon pèlerin, le Hibou Grand-Duc, le Vautour fauve, et 15 autres espèces protégées par l’Union Européenne et déclarées par la France comme étant soit « prioritaires », soit « à fort intérêt patrimonial », soit « patrimoniales » selon le Tableau 3, page 13 de l’Etude de faisabilité-opportunité d’un PNR en Corbières et Fenouillèdes (ci-après : « étude PNR ») (2). Ce tableau se réfère à la ZPS des Basses Corbières (Zone de Protection Spéciale du réseau Natura 2000 européen), qui couvre environ 90% du Site. Il faut compter aussi avec une grande richesse botanique, et un « enjeu fort » pour les chiroptères.


Il est donc impératif de protéger le site Bugarach, d’une part pour les « Citadelles du Vertige » et l’exceptionnel intérêt paysager du Pech (pic) de Bugarach et ses environs, mais aussi pour les enjeux faunistiques et botaniques nationaux et européens. La protection offerte par la désignation ZPS n’est pas suffisante : les éoliennes sont en effet admises dans ces réserves naturelles ou à leur périphérie, sur présentation d’études d’impact dites rigoureuses mais en fait mensongères, soutenues par des intérêts financiers et politiques. Or il est de connaissance publique que des intérêts privés prétendent implanter des éoliennes dans cette région à potentiel touristique international, et d’importance européenne pour les grands rapaces. On connaît déjà 4 projets éoliens, qui prétendent s’installer autour du site Bugarach, compromettant d’entrée son objectif de protection des ressources touristiques et faunistiques des Corbières et du Fenouillèdes.


Carte des 4 projets éoliens autour du projet de site classé de Bugarach

Carte des enjeux ornithologiques, selon selon l’étude PNR, page 14 (2). Pour un tracé plus détaillé du Site (rajouté en jaune ci-dessus), voir page 32 du rapport de présentation (1).

Eolien (rajouté) : A : projet éolien Lesquerde ; B : projet éolien Prugnanes ;
C : projet éolien Fourtou-Cubières ; D : projet éolien Forêt des Fanges.


On sait que les oiseaux, et les rapaces en particulier, se font tuer en grand nombre par les éoliennes – par exemple 2 900 aigles royaux sont morts de cette façon en Californie depuis 25 ans, sans compter ceux qui ont été électrocutés ou mortellement blessés en vol par leurs lignes à haute tension (3).


Sur la Carte des enjeux ornithologiques, page 14 de l’étude PNR, on peut constater que le Site comprend la majeure partie de deux « Zones à enjeux avifaunistiques exceptionnels enjeux grands rapaces » (grands cercles coloriés en rose sur la carte). Le site Bugarach se trouve d’autre part entièrement compris dans le « Domaine vital » de l’Aigle Royal. Il est partiellement chevauché par le « Domaine vital » de l’Aigle de Bonelli. Enfin il se trouve en partie à l’intérieur de la « Zone du Plan National d’Action » de l’Aigle de Bonelli et de celle du Vautour percnoptère.


Ce n’est pas tout. A environ un kilomètre de sa limite sud-ouest commence la « Zone du Plan National d’Action » du Gypaète Barbu, le grand rapace emblématique des Pyrénées, quasiment disparu en France et qui fait l’objet d’un plan de réintroduction. Ces magnifiques oiseaux, d’une envergure de trois mètres, ont été observés sur le Site « Certaines espèces d’oiseaux, figurant pour certaines sur la liste de la ZPS sont également inscrites sur les listes des espèces menacées de France, comme l’aigle de Bonelli, l’aigle royal, le hibou grand-duc ou le percnoptère d’Egypte. Le gypaète barbu y a été observé aussi » (1).


Il est évident que, comme tous les rapaces, les gypaètes seront attirés et tués par des éoliennes situées à seulement un kilomètre des endroits protégés où ils volent en sécurité. Les oiseaux ne connaissent pas de frontières, et les hautes structures dépouillées, arbres morts ou éoliennes, les attirent en tant que perchoirs d’où l’on a une vue dégagée à 360º. Ils seront aussi attirés par le vol des rapaces et corbeaux qui cherchent des cadavres d’oiseaux dans les centrales éoliennes. Leurs chances de se faire tuer seront grandes, comme leurs cousins les vautours fauves, les vautours moines ou les Percnoptères d’Egypte (4).


Il est à prévoir un massacre de vautours et d’aigles si des éoliennes s’implantent tel que prévu sur la périphérie du Site. L’attraction qu’exercent sur eux ces hautes structures a été démontrée (5). En Espagne, on estime que 1 000 à 2 000 vautours fauves se font tuer par les pales des éoliennes chaque année (4). Or on voit très souvent ces vautours voler dans les parages du Site (6).


Le site Bugarach sera un « eldorado » pour combien de temps si l’on installe juste à côté des pièges à rapaces qui de plus chassent les touristes ? Adieu au projet d’observatoire dans le rocher de la Falconnière, dortoir du vautour fauve, qui aurait pu attirer 20 000 visiteurs par an (6), et davantage encore avec les Gypaètes barbus, les vautours moine, et les Percnoptères d’Egypte au vol spectaculaire.


vautour Bugarach
Vautour fauve sur le Site


D’autre part, une étude scientifique a démontré que les éoliennes d’Espagne précipitaient l’extinction du Vautour percnoptère (4). Quant au Vautour Moine, présent en petit nombre dans l’Aude et classifié  » en danger critique d’extinction  » en Europe, il fera également partie des victimes. On parle de lui dans l’étude PNR (Tableau 2, page 12) et dans l’article « eldorado » ci-dessus.


Le site de Bugarach se trouve au cœur même d’une zone essentielle pour la conservation des grands rapaces en France et en Europe. Il importe donc d’agrandir sa superficie afin d’empêcher la construction d’éoliennes proche d’une réserve naturelle d’importance internationale – surtout lorsque l’on sait que des éoliennes seront installées sur pratiquement tout le territoire français, et dans toute l’Union européenne. En tant que pays riche, nous nous devons d’assurer la survie de nos grands rapaces. Sinon, comment demander aux pays pauvres de protéger leurs éléphants, leurs grands félins, ou leurs dauphins ?


Il faut enfin parler des agriculteurs, dont les meilleurs amis sont les chauves-souris ; celles-ci mangent en effet jusqu’à un quart de leur poids d’insectes en une seule nuit. Mais elles se reproduisent lentement, ayant en général un seul petit par année, et leur population est en rapide déclin dans le monde industriel et chimique où nous vivons. La disparition des chiroptères, tels que les appellent les biologistes, causerait une augmentation de l’usage des insecticides, donc des problèmes de santé pour nous tous, assortis d’une augmentation du prix des denrées alimentaires. Il convient donc de signaler l’importance de la région des Corbières-Fenouillèdes pour ces petits mammifères.


Beaucoup de chauves-souris vivent en colonies dans les grottes, sous les ponts ou autres endroits abrités. Or les Corbières-Fenouillèdes, et le site de Bugarach en particulier, sont littéralement truffés de grottes : voir la carte ci-dessous.


Carte des grottes et cavités
Carte des grottes et cavités – page 39 de l’étude PNR


La région des Corbières constitue un habitat remarquable pour ces petits mammifères, si utiles pour l’agriculture mais aussi pour la santé des forêts et pour la pollinisation. « Avec 25 des 34 espèces françaises recensées, les Corbières et le Fenouillèdes montrent un fort potentiel lié à l’abondance des zones rupestres et des grottes à proximité de zones favorables… 17 d’entre-elles, inscrites à l’annexe de la Directive européenne Habitats-Faune-Flore, ont été recensées lors des inventaires des ZNIEFF.

5 espèces représentent un enjeu régional de conservation particulièrement élevé : … »(1).


La région comprend aussi plusieurs Zones Régionales du PNA chiroptères (plan national d’action) – en violet sur la carte de la page 18 de l’étude PNR. L’une de ces zones se trouve à l’intérieur du site Bugarach. Or les chauves-souris sont attirées par les éoliennes, jusqu’à au moins 14 kilomètres tel que prouvé par une étude suédoise du Professeur Ingemar Ahlén (5). Et elles se font tuer par leurs pales par millions (7). Il ne saurait donc y avoir d’éoliennes à moins de 20 km de cette Zone Régionale du PNA chiroptères, qui est au centre du Site.



Pour compléter le panorama, parlons aussi du Grand Tétra (plus connu sous le nom de Coq de Bruyère), qui est en voie d’extinction en France. Le site de Bugarach se trouve à 6 km d’une « Zone à enjeux avifaunistiques exceptionnels enjeux Grands tétras » (voir 1ère carte ci-dessus). Ces sympathiques oiseaux, dont la spectaculaire parade nuptiale attire les touristes de la nature, seraient un atout de plus pour le Site. Mais ils ne s’y développeront pas s’ils se font frapper par des pales d’éoliennes, ou incommoder par les infrasons qu’elles émettent (8).


Cette même carte des enjeux ornithologiques révèle enfin que le site Bugarach se trouve sur un axe de migration. Axe emprunté notamment par les grands rapaces ; ceci est mis en évidence par une autre carte, page 30 de l’étude PNR. On lit de plus dans cette étude : « Le département de l’Aude est l’un des plus importants couloirs de migration des oiseaux à l’échelle française et européenne. Si le littoral du Roussillon est un axe privilégié de passage, le massif des Corbières est également situé sur une des voies migratoires les plus fréquentées entre l’Afrique et l’Europe occidentale. Il est emprunté chaque année par des millions de passereaux, des centaines de cigognes et des milliers de rapaces […]. Ce flux migratoire important est le fruit d’une bonne situation géographique et de la présence de massifs permettant aux oiseaux de prendre des ascendances orographiques et thermiques facilitant leur migration » (2).
Les massacres que causeront les éoliennes auront donc des effets bien au-delà de nos frontières.


La Préfecture du Languedoc-Roussillon vante aussi l’importance du site Bugarach pour sa biodiversité faunistique mais aussi botanique : « on peut compléter cette approche du caractère scientifique du site, par l’aspect également remarquable de sa biodiversité. En effet, pas moins de 12 ZNIEFF et 2 ZICO, ainsi que l’importante ZPS des Basses-Corbières sont assises en tout ou partie sur le site. Et rappelons qu’il est connu internationalement par de nombreux orchidophiles. » (1). L’étude PNR met du reste en évidence les nombreux enjeux botaniques à prendre en compte.


On y lit aussi : « … (le PNR ouvrirait) ainsi la possibilité d’une re-colonisation des Corbières par le vautour moine et le gypaète barbu » – chose qui n’aura bien évidemment pas lieu si l’on y met des éoliennes. La re-colonisation a d’ailleurs commencé. Des specimens ont été importés à grands frais d’Extremadoure et des Pyrénées espagnoles, où il n’y a pas d’éoliennnes. Celles des Corbières-Fenouillèdes abrègeront leur vie.


CONCLUSION


Pour toutes ces raisons, le World Council for Nature et Save the Eagles International recommandent que le site Bugarach soit agrandi de manière à inclure tous les reliefs alentour susceptibles d’être envahis par des éoliennes, à commencer par les quatre déjà convoités par les promoteurs (voir la première carte ci-dessus). Du reste, on pourra voir ces installations industrielles depuis le Pech de Bugarach et d’autres points du Site – de quoi faire fuir le touriste.


D’ailleurs, la Préfecture du Languedoc-Roussillon ne s’y est pas trompée : elle souligne dans son rapport le bien-fondé du projet de classement du site vu le risque représenté par les éoliennes : « compte tenu également des projets de développement connus à ce jour (centrales éoliennes » (1). Mais les promoteurs ont bien vite jeté leur dévolu sur les reliefs adjacents au site Bugarach. On ne saurait tolérer cela, car l’effet sur le Site serait catastrophique à tous égards.


Il s’agit de s’assurer qu’aucune de ces centrales ne viendra saborder le projet de labellisation UNESCO, détruire le potentiel touristique, et annihiler les populations de chiroptères et de grands rapaces. Il est donc nécessaire d’agrandir le Site tel que nous le suggérons, car la protection qu’offre son classement est supérieure à celle d’un parc naturel régional ou d’une ZPS Natura 2000.


D’autre part, sa gestion ne saurait être faite par ceux qui gèreront le PNR : ces derniers, représentant les intérêts d’une majorité de communes éloignées du Site, ne sauront apprécier ce qui est bon pour lui. Dans sa lettre du 11 mai 2014 à Monsieur Michel Engel, Président de la Commission d’Enquête, Mairie de Cucugnan, l’Association pour la Défense des Collines du Minervois explique cela très clairement. Nous appuyons leurs recommandations à ce sujet.




Mark Duchamp +34 693 643 736
Président, Save the Eagles International
www.SaveTheEaglesInternational.org
Président, World Council for Nature
www.wcfn.org wcfn@live.com


Références :


(1) – Rapport de présentation du Site : http://www.languedoc-roussillon.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2013_12_05_dr-rapPres_classnt_Bugarach_2_cle7cfb81.pdf


(2) – Etude PNR : http://www.cc-aglyfenouilledes.fr/files/ot-aglyfenouilledes/files/brochures/pdf/2.rapport-pnr_corbieres_fenouilledes_patrimoine_naturel_2013.pdf


(3) – USA : les éoliennes menacent la survie de l’aigle royal : http://savetheeaglesinternational.org/releases/stei-opposes-licences-to-kill-eagles.html


(4) – Espagne: les éoliennes tuent de 1 000 à 2 000 vautours fauves par an (la photo ci dessus montre deux d’entre eux) :
www.iberica2000.org/Es/Articulo.asp?Id=2968


– Vidéo : un vautour se fait frapper par une pale :
http://savetheeaglesinternational.org/multimedia/


– Espagne : les éoliennes précipitent l’extinction du Percnoptère d’Egypte :
http://www.publico.es/ciencias/250026/los-parques-eolicos-precipitan-la-extincion-del-alimoche


(5) – Les éoliennes attirent rapaces et chiroptères : http://wcfn.org/2013/07/24/biodiversity-alert/


(6) – le site Bugarach, un eldorado pour les vautours :
http://www.ladepeche.fr/article/2011/06/13/1105551-bugarach-nouvel-eldorado-pour-les-vautours.html


(7) – Espagne : les éoliennes tuent de 6 à 18 million d’oiseaux et de chauves-souris par an :
http://savetheeaglesinternational.org/releases/spanish-wind-farms-kill-6-to-18-million-birds-bats-a-year.html


(8) – Infrasons émis par les éoliennes : effets sur les animaux : http://wcfn.org/2014/02/28/wind2050-a-dystopian-society/


					
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  1. […] Nos vautours massacrés. […]


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